Upcycler l’économie

Déc 11, 2013

Voici un extrait traduit d’une récente tribune de William McDonough, un des deux auteurs de Cradle to Cradle et the Upcycle, dans The Guardian. Tout en posant les bases de cette nouvelle économie en devenir, il y exprime toute son excitation concernant l’upcycling. Il répond au discours d’Eric Schmidt lors de l’annonce officielle de la création du programme Schmidt-McArthur pour l’Économie Circulaire.

[…]

Eric Schmidt, président exécutif et ancien PDG de Google, a souligné que l’éducation et l’innovation ont toujours été la solution aux problèmes du monde. Il imagine une génération de jeunes designers et ingénieurs pour déterminer des « stratégies subtiles » afin de créer une économie productive et régénératrice, déclenchant une vague d’ « opportunités de business, d’investissements, de créativité et de dynamisme » d’une ampleur comparable à la révolution de la technologie dans la Silicon Valley.

Plus que jamais, nous avons besoin de ce genre de créativité et de dynamisme pour générer une croissance économique écologiquement intelligente qui répond aux besoins de tous les citoyens du monde, tout en respectant les lois de la nature. Les  » stratégies subtiles «  des étudiants vont produire une croissance vertueuse – pour le long terme, avec du sens et régénératrice – parce que ces stratégies seront basées sur ces principes.

Les participants au programme, avec d’autres leaders d’opinions sur l’économie circulaire, sont en train de construire le cadre de l’innovation fondée sur ces principes. Ces principes, attentifs aux préoccupations sociales et écologiques, guidés par des raison-d’être pertinentes, donnent naissance à des produits et services vertueux car ils sont calqués sur les structures et les cycles des systèmes vivants. Comme Cradle to Cradle, ils ont dans leur ADN le même fonctionnement que la Nature.

Du point de vue de la conception, les principes de Cradle to Cradle sont les plus souvent associés à l’économie circulaire – la réutilisation continue des produits et des matériaux sûrs dans les cycles biologiques et techniques – pour fournir une plate-forme pour upcycler la croissance économique. Quand nous avons utilisé avec Michael Braungart le terme « upcycling » pour la première fois, nous parlions simplement de l’amélioration de la qualité du produit d’un cycle d’utilisation à l’autre.

Extrait de the upcycle

Mais au fur et à mesure de nos observations sur de l’adoption des normes Cradle to Cradle par les entreprises – dans les domaines de la santé, des énergies renouvelables, de l’eau potable, la réutilisation et l’équité sociale – nous avons réalisé que cela générait des synergies efficaces avec un large spectre de conséquences positives sur les aspects économique, écologique et sociale, nous avons commencé à percevoir dans l’upcycling une démarche vitale, consacrée à l’amélioration constante de la qualité de la vie à tous les niveaux.

Comme Francis Crick a souligné dans Of Molecules and Men, la vie aime pousser, profiter de l’énergie offerte par le soleil, et évolue dans un métabolisme ouvert de réactions chimiques pour le fonctionnement d’organismes et de leur reproduction. La vie optimise ses ressources, ne gâche rien et considère positivement son écosystème. Les flux et métabolismes créent une richesse récurrente grâce aux apports du soleil : un air riche en oxygène, un sol fertile, une eau propre, une croissance photosynthétique, de la nourriture et de l’énergie. Récurrence. Par son design, nous pouvons semer, soutenir, et largement partager ces flux de nutriments et d’énergie qui animent les cycles naturels de la Terre.

Exemples en images d'upcycling

D’un point de vue économique, l’upcycling transforme les notions classiques de croissance et de productivité, il permet la production d’énergies récurrentes et la création du capital matériel. Les entreprises les plus pertinentes, cherchent l’amélioration continue et les interactions bénéfiques et régénératrice avec leurs écosystèmes, créent de la croissance grâce à des innovations sur des principes qui favorisent la vie des générations futures et des espèces.

Ces entreprises conservent les matériaux précieux dans leurs cycles de productions et de réutilisation, produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment, construisent des usines avec des jardins sur les toits qui nourrissent leurs employés et conçoivent des espaces qui capturent les précipitations, tout en les filtrant, restaurent les sols et offrent un habitat pour les espèces. Une croissance raisonnée.

De telles innovations UPCYCLE l’économie. Les avantages écologiques et sociaux s’accumulent. Certains de ces avantages sont mesurables par des paramètres économiques standard mais de nombreux avantages très précieux ne le sont pas.

Et c’est là que la question du design du changement est fondamental, ce n’est plus le refrain habituel du capitalisme – « Qu’est ce que je peux obtenir pour le peu que je donne ? » – Mais plutôt : « Que pouvons-nous donner pour tout ce que nous obtenons ? » Comment designer une entreprise, ou une stratégie, qui fournit plus de récurrence, plus de la valeur transversale ? Plus d’eau potable, plus d’air frais, plus de connectivité, plus de santé, plus d’emplois, plus d’énergie, plus de plaisir.

« Que pouvons-nous donner à tout ce que nous obtenons ? » C’est une des questions que se poseront les participants au programme Schmidt – MacArthur pour repenser la croissance économique et inventer l’avenir. Comme Eric Schmidt a déclaré :

« En plus de travailler sur quelque chose d’important, préparez-vous pour un voyage époustouflant. »