« Le biomimétisme au service de l’économie »

Mar 19, 2014

Ce n’est pas la première fois que Wiithaa vous parle de biomimétisme. En France, de multiples acteurs s’intéressent de plus en plus à cette discipline, les évènements sont de plus en plus nombreux.
En ce mois de mars, nous avons assisté à deux nouvelles conférences : une première portait sur la définition générale du biomimétisme et la seconde correspondait à l’annonce de l’ouverture du Centre Européen d’Excellence en Biomimétisme de Senlis (CEEBIOS).

Le biomimétisme serait en quelque sorte une « bio-inspiration ».

A la maison de la Chimie, Gilles Bœuf, Président du Muséum National d’Histoire Naturelle et professeur au Collège de France, s’est lancé dans une définition globale du biomimétisme. Pour lui, c’est « une approche intellectuelle, l’étude de la nature, afin d’en tirer des développements technologiques, concevoir des matériaux, des stratégies économiques. C’est une véritable opportunité pour la transition écologique. Il faut s’inspirer des formes, des mécanismes, des relations durables établies de la biodiversité. Il faut développer une culture de l’impact de l’entreprise. Ce n’est ni une science, ni une discipline mais une recherche fondamentale inspirée du Vivant, une science de l’ingénieur et de l’entreprise ».
Il cite l’exemple des Shinkansen (les TGV japonnais) qui ont été « non seulement inspirés de la forme du martin-pêcheur quand il pénètre dans l’eau mais ont, en plus, un revêtement inspiré des ailes de hibou pour ne pas faire de bruit ». En effet, les ingénieurs japonnais ont réduit la consommation électrique de 15% et augmenté la vitesse de 10%.

Une photo d'un TGV japonnais et un martin pecheur.

Ensuite, Tarik Chekchak, Secrétaire du Comité Français de Biomimicry Europa et Directeur Sciences Environnement de l’équipe Cousteau en Europe, s’est montré très ambitieux sur le biomimétisme. Il compare les éco-systèmes à des services d’approvisionnements, des services de régulation, culturels et d’appuis d’une vie organisée qui sont de véritables exemples inspirants pour l’Homme.
En effet, comment se baser sur l’énergie solaire qui est la principale source d’énergie de la faune et de la flore? Sur l’eau qui est un solvant universel ? Comment fabriquer à température et pression ambiantes comme le font de nombreuses espèces depuis des millions d’années ? Et enfin comment gérer et mieux partager l’information ?
La société, l’entreprise ont besoin d’avoir « un cap enthousiasmant » qui se basent sur trois aspects : LA FORME + LE PROCESSUS + LE SYSTEME.

« Penser co-produit et non déchet »

Il faut adapter les formes aux fonctions, réaliser un design multifonctionnel (ex. des trains Shinkansen), capter de l’énergie comme une feuille (pour des gels, des peintures, des vitres), fabriquer du gaz comme une vache ou les termites, coller comme une moule sur les rochers, cicatriser comme une peau, considérer un déchet comme un produit pour quelqu’un d’autre en s’inspirant de l’économie circulaire, « penser co-produit et non déchet ».
S’en sont suivis des témoignages de grands groupes industriels, tels qu’ EIFFAGE, qui s’appuie sur le biomimétisme au sein de son laboratoire « PHOSPHORE » afin d’imaginer et de concevoir des solutions innovantes et durables à tous égards en matière de mobilité, d’habitat et d’aménagement des espaces.

Ensuite, INTERFACE, fabricant de moquettes, est également intervenu. Le fondateur Ray C. Anderson, avait pris conscience de la problématique environnementale dès le milieu des années 90. Il a alors décidé que son entreprise allait devenir réellement durable d’ici à 2020. Il avait baptisé cet objectif « Mission Zéro » et continue d’élaborer une approche selon laquelle les entreprises peuvent transformer leur modèle traditionnel économique pour y intégrer le développement durable.

interface-moquette

Enfin, EEL ENERGY, une start-up a présenté sa solution directement inspirée de la Nature. En effet, l’entreprise a mis au point une hydrolienne à membrane ondulante, qui s’adapte aux courants, pour la récupération d’énergie des courants marins et qui s’apprête à la tester grandeur nature en France près de Boulogne-sur-Mer.

hydrolienne-membrane-ondulante

De nombreux acteurs étaient également présents pour l’ouverture du Ceebios. Ce campus situé à une quarantaine de kilomètres de Paris, non loin de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, va permettre de réunir, pour la première fois en Europe, sur un site de 10 hectares, compétences, innovation, entrepreneurs, recherche et développement sur ce thème.

Le principe repose sur quatre fondamentaux :
– La formation : des formations continues destinées aux professionnels et même pour les étudiants en BTS et en mastères spécialisés entre autres.
– La recherche : des équipes pluridisciplinaires et plurisectorielles mêlant scientifiques et ingénieurs réunis dans des laboratoires mutualisés et sur des terrains d’expérimentation divers.
– L’initiative économique via un Business Campus : dédié aux PME, TPE et Start-Up. Les entreprises spécialisées et innovantes qui pourront surtout bénéficier d’un effet « réseau direct » sur leur filière.
– La promotion via un pôle Congrès & Conférences : lieu de rendez-vous réguliers et de réunions pour accueillir industriels, scientifiques et publics lors d’évènements divers et variés.

Ce centre apparaît comme un outil exceptionnel pour permettre au biomimétisme de se démocratiser au plus vite.

Ces quelques évènements étaient véritablement inspirants et permettent de penser que le biomimétisme a une véritable chance de prospérer ici en France pour inspirer de nouvelles innovations en harmonie avec la Nature mais aussi cohérentes d’un point de vue économique.

  • bioveille

    L’approche du biomimétisme (prendre la nature pour exemple) existe depuis des décennies, et est d’une logique simplissime. Mais bien sûr, très peu de développement dessus (sauf dans quelques pays comme l’Allemagne, les USA et effectivement le Japon). Et encore moins en France, où l’on découvre seulement aujourd’hui ce que l’on devrait faire depuis fort longtemps…
    « de multiples acteurs s’intéressent de plus en plus à cette discipline » ? Il était temps !!! Ah c’est sûr, il faut faire vite maintenant puisque l’on a compris que la maison crève et qu’on n’a plus le choix que de faire autrement. Quelle perte de temps, d’énergie et d’argent (pas pour tout le monde) depuis le siècle dernier !

    Cela dit, merci pour votre info.

    • Oui, cette démarche existe depuis des décennies, tout comme la réutilisation des déchets qui existe aussi depuis longtemps, malheureusement, cela n’est toujours pas la norme.
      Voilà pourquoi nous nous efforçons chaque jour de démocratiser la démarche et de faire en sorte que les organisations saisissent cette opportunité de « faire bien » et d’arrêter de se contenter de faire moins mal.